C’est fini…
Après un peu plus de huit mois sur la route, je suis de retour à Montmollin depuis la semaine dernière. Durant les 257 jours et 256 nuits qu’a duré mon voyage, j’ai :
- parcouru un total de 21820 km, dont 15950 (73%) à vélo, 3680 (17%) en train, 1440 (7%) en bus (sans compter les 1860 km « administratifs » faits en Iran sans mon vélo dans la soute) et 750 (3%) en bateau,
- pédalé durant 940 heures (23.5 semaines de 40 heures) réparties sur 159 jours de vélo, soit des moyennes générales de respectivement 17 km/h et 100 km par jour roulé,
- trimballé 26 kg de bagages (eau et nourriture non compris) et 85(±5) kg de cycliste sur un vélo de 16 kg,
- cassé deux jantes, un moyeu, un rayon, un câble de vitesse, un siège, une fixation SPD, une plaque de protection des rayons, deux arceaux de tente et un iPhone,
- crevé et réparé mes chambres à air à 11 reprises (7 fois à l’arrière, 4 à l’avant), dans cinq pays différents (Italie, Tadjikistan, Kirghizistan, Ukraine et Slovaquie),
- égaré beaucoup de choses mais retrouvé la plupart d’entre-elles, sauf la moitié d’un de mes porte-gourdes, l’aimant de mon compteur, mon nécessaire de rasage et mes lunettes de soleil,
- dormi 137 nuits (54%) dans une chambre d’hôtel, 39 (15%) dans un dortoir, 45 (18%) en camping sauvage, 15 (6%) en camping payant, 7 chez des amis, 3 chez l’habitant, 2 à l’hôpital, 4 en bus, 3 en train et une en ferry,
- visité, plus ou moins superficiellement, 18 pays, dont 13 dans lesquels je n’étais encore jamais allé,
- franchi 22 frontières, ce qui a nécessité l’obtention de 8 visas,
- déchiffré (ou pas) 6 alphabets : le latin, le grec, le géorgien, l’arménien, le perso-arabe et le cyrillique (et ses variantes locales),
- dépensé l’équivalent de 15530 CHF dans 15 monnaies différentes, soit 60.40 CHF par jour en moyenne (beaucoup plus que la quasi-totalité des voyageurs à vélo que j’ai rencontrés), dont 2620 CHF (17%) pour l’assurance maladie, 3120 CHF (20%) au moins (car ma comptabilité manque un peu de rigueur) pour le logement, 450 CHF (3%) pour les transports et 710 CHF (5%) pour les visas,
- mangé des quantités (g)astronomiques de pide, kebabs, chachlyks, mantis, laghmans, plovs, glaces, strudels aux pommes, gaufrettes et autres,
- pris 817 photos et publié 252 (30%) d’entre-elles sur Flickr,
- rencontré tout un tas de gens, voyageurs ou non, qui se sont généralement montrés gentils, accueillants, généreux et adorables avec moi, et qui ont fait une grande partie de l’intérêt de ce voyage ; de peur d’oublier quelqu’un je ne citerai personne, mais ferai un petit clin d’œil à Tina et JP, seuls cyclo-touristes rencontrés durant la partie européenne du voyage, et qui roulent actuellement en direction de l’Asie Centrale. Bonne route à eux!
Retour en Europe
Après cinq agréables journées passées à Astana, il est temps pour moi de dire au revoir à l’Asie et de rentrer en Europe. Ou en tout cas d’essayer, puisqu’en me rendant à la gare d’Astana, je ne sais pas encore si mon vélo sera accepté dans le train ou pas…
J’arrive bien en avance et j’ai tout le temps de me faire aborder par de nombreux curieux, tous très dubitatifs quant à la possibilité de prendre le train avec « ça ». Cela ne m’encourage guère et lorsque le train arrive enfin, la situation ne s’améliore pas. Le contrôleur responsable de mon wagon m’affirme qu’il est hors de question de charger un tel engin dans le train. J’ai beau insister, il reste inflexible. Le responsable du train nous rejoint et est tout aussi catégorique : impossible de voyager avec ce vélo… Je leur explique à tous les deux que je peux démonter le siège et les roues, mais cela ne les impressionne guère.
Je doute qu’ils aient réellement l’intention de me laisser à quai, et attends donc patiemment que la situation se débloque. Au bout d’un moment, le contrôleur me fait signe de le suivre dans sa cabine, où il me demande 100$. Après négociation, nous nous mettons d’accord pour 50€, ce qui est probablement encore beaucoup trop mais le contrôleur commence à perdre patience. Je démonte donc le siège et les roues et charge le tout. Le cadre tient parfaitement sur le porte-bagages qui m’est attribué, et mes voisines n’étant pas aussi chargées que moi, je n’ai aucun problème à placer le reste de mes bagages.
Les voisines en question, une Kazakh et sa fille ainsi qu’une grand-mère russe, s’avèrent fort aimables. Une autre Kazakh et sa petite-fille se joignent bientôt à nous pour discuter, et malgré l’état catastrophique de mon Russe nous passons un agréable moment. L’heure du repas arrivant, ces dames commencent à déballer une partie de leur immense stock de nourriture, et je comprends que j’ai commis une grosse erreur en embarquant sans rien à manger ou à boire. Contrairement à ce que je pensais, il n’y a pas de restaurant dans le train, ni la moindre possibilité d’acheter quoi que ce soit à manger. J’espère pouvoir profiter des arrêts les plus longs pour m’acheter de quoi survivre, mais le premier d’entre-eux est en Russie et je n’ai pas de roubles sur moi… Mes voisines comprennent bien vite ma situation et m’invitent à partager leur repas. Un samovar fournissant de l’eau chaude et potable dans chaque wagon, le menu est le même pour la quasi-totalité des voyageurs : nouilles instantanées, saucisson et thé.
Mes bienfaitrices ont visiblement emporté de la nourriture en réserve, puisqu’elles m’offrent des nouilles deux fois par jour durant les deux premiers jours. N’allant pas jusqu’en Ukraine, elles m’abandonnent pour le dernier jour du voyage, mais me laissent largement de quoi me nourrir jusqu’à Kiev…

Arrivé à destination, je m’offre deux jours de repos supplémentaires, le temps de visiter un peu la charmante capitale ukrainienne. Je reprends ensuite la route en direction de la Suisse, avec l’intention de faire un petit crochet vers le sud afin de voir les Carpates que l’on dit très belles. Je redécouvre avec plaisir à quel point il est facile de voyager en Europe, même si le côté un peu aventureux de l’Asie me manque parfois.
Ce manque d’aventure est toutefois compensé par ma tendance à être distrait, qui pimente parfois mon voyage. Ainsi, un matin, alors que je roule depuis quelques minutes, je tâte machinalement mes sacoches pour m’assurer de leur présence et constate avec effroi que celle qui contient le sac de couchage manque à l’appel… Un peu stressé, j’effectue un très mauvais demi-tour, dérape de la roue avant, crève et tombe, heureusement sans mal. Je change la chambre à air en vitesse et parcours en sens inverse les cinq kilomètres me séparant de la forêt dans laquelle j’ai dormi. Comme je le pensais, ma sacoche est tombée alors que quittais cette dernière, raison pour laquelle je n’ai rien entendu. Je la récupère avec soulagement et repars.
La route que j’ai choisi de suivre ce jour-là se dégrade rapidement : d’abord (mal) goudronnée, elle devient pavée, puis caillouteuse, pour enfin s’enfoncer dans une forêt où elle n’est plus qu’un simple sentier. Elle bute finalement contre un épais mur de broussailles, j’ai manifestement manqué un embranchement. En rebroussant chemin, je constate que ma pompe n’est plus attachée à mon cadre, et me souviens alors que dans ma précipitation je l’ai oubliée après avoir regonflé mon pneu avant ! Je retourne dare-dare à l’endroit où j’ai crevé et une fois de plus je suis très soulagé de constater que personne n’a emporté mon bien durant mon absence.
Il est alors 13h, j’ai déjà parcouru 45 km, souvent sur de bien mauvaises routes, mais je suis à tout juste 5 km de l’endroit où j’ai dormi. A ce rythme, la Suisse est encore bien loin…
Tour du Kazakhstan
Après avoir passé une petite dizaine de jours à Bishkek, le temps d’y faire installer ma nouvelle jante, d’écumer quelques cafés, de faire connaissance des nombreux cyclo-touristes présents et d’obtenir mon visa de transit russe, je reprends la route en direction du Kazakhstan, dernier pays asiatique du voyage. Ma première destination est Almaty, l’ancienne capitale, d’où je compte rejoindre Astana, la capitale actuelle, afin d’y prendre le train pour Kiev. Plusieurs routes relient les deux villes, la plus directe filant directement à travers la steppe sur 1200 km. Craignant qu’elle ne soit monotone et ennuyeuse, je décide de rester aussi longtemps que possible à l’est du pays, plus montagneux, avant de me diriger sur Astana.
Il m’est difficile de dire si ce choix a été le bon, les 2000 km que j’ai fini par avaler n’ayant pas tous été passionnants. J’avais certains jours l’impression de pédaler sur un vélo d’appartement tant les paysages avaient de la peine à changer… Heureusement, j’ai aussi eu droit à quelques belles vues sur les montagnes proches, et l’occasion de camper aisément dans des endroits déserts et souvent charmants mais pas toujours secs. La météo, très clémente avec moi jusqu’à présent, décide ainsi un soir de m’offrir un orage d’anthologie, avec un vent à décorner les bœufs, des trombes d’eau et des grêlons de près d’un centimètre de diamètre qui m’ont fait craindre le pire pour ma tente. Tout s’est heureusement terminé assez rapidement et sans casse.
Comme d’habitude, les rencontres avec la population locale ont été un bon moyen de rompre la monotonie de certaines parties du trajet. Manifestement, les kazakhs n’ont pas l’habitude de voir des cyclo-touristes, et nombreux sont ceux qui s’arrêtent après m’avoir dépassé pour discuter un moment et m’offrir différentes choses. En particulier, nouveauté pour moi, on me propose très souvent de l’argent. Je le refuse systématiquement, sauf une fois où le propriétaire du gros 4x4 qui roule à mes côtés insiste fortement. Je finis donc par prendre le billet qu’il me tend, que je peine à dépenser dans la prochaine station service, les pompistes m’invitant à partager leur repas et m’offrant un sachet de sucreries diverses… Plusieurs personnes, dont des kazakhs, m’avaient décrit les habitants du pays comme peu sympathiques, mais mon expérience tend à me faire penser le contraire.
Le Kazakhstan est également un pays de sportifs et pour la première fois depuis l’Iran je croise des cyclistes à l’entraînement. On me répète souvent et avec fierté que les athlètes du pays ont raflé 7 médailles d’or aux Jeux Olympiques de Londres, dont celle du cyclisme. Parfois, cette passion pour le sport amène à des comportements étranges, comme lorsque cet homme s’arrête devant moi, sort de sa voiture, effectue quelques appuis faciaux au beau milieu de la route, puis se relève pour me serrer la main…
Une chose est sûre, le pays est passablement plus riche que ses voisins, et la pléthore de grosses voitures qui me dépassent donnent parfois un air de Bahnhofstrasse à la steppe. Voilà qui me permet d’être un peu préparé au choc que constitue l’arrivée à Astana. Plantée au milieu de nulle part, la capitale a l’allure d’une mégapole avec son nouveau centre ultra-moderne, parsemé d’immenses bâtiments dont l’architecture est souvent aussi audacieuse que la construction semble bâclée. Dans son genre, la ville n’est pas forcément désagréable, même si le nouveau centre me paraît quelque peu démesuré. Le contraste entre cette partie de la ville et la banlieue dans laquelle je loge, qui ressemble à n’importe quel village d’Asie Centrale avec ses modestes maisons aux toits de tôle, est en tout cas saisissant.
Quoi qu’il en soit, Astana offre largement de quoi m’occuper jusqu’à mardi, date du départ de mon train. J’ai encore quelques inquiétudes quant au chargement de mon vélo et suis donc impatient de voir l’accueil que me réservera le contrôleur de mon wagon…
A travers les Pamirs
Profitant de mon jour de repos à Khorog pour faire un examen approfondi de mon vélo, je constate que les fentes de la jante se sont agrandies, mais probablement pas assez pour m’empêcher d’atteindre Osh. Le siège, quant à lui, tient bon, le soudeur de Shurobod semble avoir fait un excellent travail.
C’est donc relativement confiant que je repars en direction des Pamirs. La route monte très tranquillement jusqu’à une altitude de 3000 m où je passe la nuit. C’est le lendemain que les choses plus sérieuses commencent, puisque je franchis mon premier col à plus de 4000 m. Comme souvent sur cette route, les derniers kilomètres du col sont les plus raides et ne sont pas asphaltés. L’altitude n’aidant pas, c’est avec passablement de peine et de pauses que je franchis ce premier obstacle avant de redescendre de l’autre côté pour camper. Les paysages changent très vite et deviennent désertiques, la végétation et les traces de présence humaine se raréfiant aussi rapidement que l’oxygène. Seules quelques marmottes bien grasses, au pelage orangé des plus seyants, me tiennent compagnie.
Le jour suivant, je traverse le petit village d’Alichur, où je fais quelques emplettes avant d’entamer la très tranquille montée vers le prochain col. Ce dernier est quasiment plat, et je le franchis sans vraiment m’en rendre compte. La descente est plus marquée, et arrivé en bas, je remarque une vallée latérale qui me semble idéale pour camper. Abandonnant mon vélo non loin de la route, j’explore les environs à pied et repère un magnifique emplacement : invisible depuis la route, plat, herbeux et proche d’un gros ruisseau. L’endroit est tellement beau que je regrette de ne pouvoir le partager avec quelqu’un, et en retournant vers mon vélo, je me dis que si mes amis belges Filip et Matthias pouvaient passer par là à l’instant, la soirée serait parfaite. A cet instant précis, j’aperçois une silhouette sur la route, que je ne tarde pas à identifier comme étant celle d’un cycliste. Quelques instants plus tard, j’en vois une seconde, et je cours à leur rencontre pour leur vanter les mérites de mon emplacement.
Il ne s’agit pas de Matthias et Filip, mais de Lea et Andrew, un couple d’Australiens expatriés en Mongolie. Ils viennent toutefois de croiser les Belges, que je talonnais de près. Me voilà donc avec de la compagnie pour la soirée, et quelle compagnie : mes nouveaux camarades sont adorables et intéressants, et se sont constitué un stock inépuisable d’anecdotes au cours de leurs très nombreux voyages. Nous discutons donc longuement avant de nous endormir au son du ruisseau tout proche.
Le son qui me réveille au milieu de la nuit n’est pas celui de l’eau, mais celui d’une profonde respiration. Je sors prudemment la tête de ma tente et, à la lueur de la lune, aperçois un immense yak en train de se reposer à quelques mètres de moi. Un autre, cause de mon réveil, broute tranquillement à côté de mon abri. Le reste du troupeau occupe les alentours, et n’ayant jamais côtoyé ces animaux de près, je ne suis que moyennement rassuré par leur présence. Au lever du jour, ils se sont déplacés de l’autre côté du ruisseau, mais restent très impressionnant même à cette distance.

Après un réveil bien matinal, Andrew, Lea et moi battons des records de lenteur pour lever le camp tant nous causons, et c’est un peu triste que je repars seul en direction de Murghab tandis qu’eux entament la montée du col. J’arrive rapidement dans la morne capitale du district, où je décide de rester deux nuits. Cela doit me permettre d’une part de me reposer, et d’autre part de ne pas arriver trop tôt à la frontière kirghize, mon visa ne commençant que dans plusieurs jours. Lors de ce jour de repos, j’ai le plaisir de manger en compagnie de quatre cyclistes suisses, dont un couple déjà rencontré à Samarcande. Depuis leur auberge, nous profitons du beau temps pour observer à la jumelle le sommet du Mustagh Ata et ses 7546 m, juste derrière la frontière chinoise.
Le jour d’après, j’entame la longue ascension vers le point culminant de la route et du voyage, le col Ak-Baital à 4655 m. La fin de la montée est rude mais la vue depuis le sommet vaut bien cet effort. Une fois redescendu à une altitude plus raisonnable, je plante ma tente et passe une nuit bien calme tant l’endroit est désert.
La journée suivante est presque entièrement consacrée au contournement du superbe lac Kara-Kul. Un fort vent de face m’empêche de progresser bien vite et je cherche avec beaucoup de peine un endroit à peu près abrité où camper. Alors que je monte ma tente, Julie et Adam, deux cyclistes suisses romands qui font la route en sens inverse, m’aperçoivent et viennent me saluer. Ils décident de passer la nuit en ma compagnie et me fournissent de précieuses informations concernant la route à venir. En particulier, ils m’apprennent qu’il est possible de camper entre les postes-frontières tadjik et kirghiz, séparés de plusieurs dizaines de kilomètres. Cela m’arrange car je suis pressé d’atteindre Osh où je compte me faire envoyer une jante de rechange, et franchir la frontière tadjike dans la journée me permettra de gagner du temps.
Les gardes frontières tadjiks me laissent passer sans histoire, ne jettant même pas un œil à mon visa kirghiz, qui ne commence que le lendemain. Une fois le col séparant les deux pays franchi, je me retrouve donc au Kirghizistan sans savoir si j’ai vraiment le droit d’y être. Je débusque un endroit charmant pour camper, son seul défaut étant d’être visible depuis la route, et m’y installe.

Peu avant la tombée de la nuit, une jeep passe et s’arrête en m’apercevant. Un homme en uniforme et armé d’un fusil en sort, et court en ma direction. Arrivé à ma hauteur, il me dit que je ne dois pas camper ici et qu’il me faut continuer jusqu’au village de Sary-Tash, où l’on trouve plusieurs auberges. Ce village se trouvant après le poste-frontière, je ne peux m’y rendre, mais je me garde bien de le lui dire. Je prétends être très bien ici et n’avoir aucune envie de démonter ma tente. Il me propose de charger mes bagages et mon vélo sur sa jeep, je lui rétorque que ma monture est bien trop longue pour cela. Finalement, il tente de m’effrayer en me parlant des loups présents dans les environs, mais je tiens bon, lui expliquant que j’ai campé plus d’une semaine dans la région sans voir un seul loup. De guerre lasse, il finit par accepter que je reste, à mon grand soulagement.
Au réveil, je continue ma route en direction de Sary-Tash. Peu avant le village, je rencontre Jamie, un cycliste anglais très sympathique et enthousiaste à défaut d’être bien préparé : il n’a pas d’argent tadjik sur lui et n’a plus de nourriture alors que le prochain « magasin » est à presque 100 km. Je lui propose les pâtes qu’il me reste, mais il n’a pas de réchaud. Je lui offre donc mon reste de fruits secs, en espérant que cela lui suffise…
Deux jours plus tard, j’arrive à Osh où je passe presque une semaine à attendre l’arrivée de ma quatrième jante du voyage. Cette attente se révèle moins désagréable que prévu grâce aux sympathiques voyageurs présents à l’auberge, qui ont souvent d’intéressantes anecdotes à raconter. Il en va ainsi d’un parisien qui est resté bloqué quatre jours entre les postes-frontières tadjik et kirghiz après avoir réussi l’exploit d’égarer son passeport au milieu, en raison de la mauvaise route qui secouait le camion qui le transportait…
Jusqu’au pied des Pamirs
Pour relier Douchanbé à Khorog, petite ville au pied des Pamirs, deux routes existent : celle du nord est la plus courte, tandis que celle du sud est en meilleur état. La veille de notre départ de Douchanbé, Marie, Mischa et moi hésitons entre les deux, mais finissons par nous décider pour la seconde. Filip et Matthias, deux cyclistes belges arrivés la veille, sont encore indécis. Le lendemain, nous les abandonnons à leur indécision, d’autant qu’ils doivent passer au bazar pour y dénicher un nouveau réchaud, le leur étant en berne depuis quelques temps.
Dès la capitale quittée, les paysages deviennent montagneux et très beaux. Nous franchissons un premier petit col puis en entamons un second avant de planter nos tentes pour la nuit. Au réveil, je prends à regret la décision de repartir sans Mischa et Marie, nos rythmes sont trop différents et je ne suis pas certain de pouvoir ressortir du pays à temps si je reste en leur compagnie.
La route continue à défiler agréablement jusqu’à Kulob, où je passe la nuit avant d’entamer une rude montée sur le petit village de Shurobod, puis de commencer la descente sur la rivière Piandj, qui sépare le Tadjikistan de l’Afghanistan. Durant la descente, je m’arrête pour prendre une photo et, en remontant sur mon vélo, constate que mon siège est anormalement mou. Je trouve rapidement la cause de cette molesse : le cadre de mon siège a cassé, dévoré par la rouille des deux côtés ! Je me souviens alors qu’en 2001, tandis que je rentrais de Florence, j’avais constaté que de l’eau orangée sortait de ce cadre. Je m’en étais inquiété sur le moment, mais avais oublié l’histoire une fois de retour à la maison ; grave erreur !
Impossible de continuer dans ces conditions, je remonte donc à pied jusqu’à Shurobod, où on m’indique une maison dans laquelle je pourrais dormir. Les pièces de cette demeure sont occupées par différentes personnes, dont le maire du village, et une chambre est réservée aux gens de passage. A mon arrivée, elle est déjà partiellement occupée par Oleg, un photo-reporter russe à la retraite et entomologiste à ses heures perdues, qui se trouve au Tadjikistan pour compléter sa collection de papillons. Fort sympathique, il connaît l’Asie Centrale comme sa poche, ayant habité plus de 20 ans à Tachkent.
Le lendemain matin, le responsable de l’hôtel, Oleg et moi-même allons chez le soudeur du village pour lui faire réparer mon siège. Au vu de ce que la rouille a déjà dévoré, le soudeur n’est pas très optimiste mais fait visiblement du bon travail. Je crains toutefois de m’engager sur la route des Pamirs avec un vélo dans cet état, d’autant que j’ai constaté à Douchanbé que ma jante arrière, pourtant quasi-neuve, commence à se fendre… Je prends donc la décision de retourner en direction de la capitale le lendemain.
A midi, Oleg et moi nous rendons au restaurant du village et rencontrons Matthias et Filip, qui ont finalement pris la même route que moi. Sur leurs porte-bagages trone un énorme réchaud à gaz de 4 kg, le plus petit qu’ils aient trouvé au bazar…
Je consacre mon après-midi à la recherche d’une route évitant les Pamirs mais constate bien vite qu’il n’y en a aucune qui convienne aux visas que je possède. Après le Tadjikistan, je dois me rendre au Kirghizistan, et seules deux frontières sont ouvertes aux étrangers : celle des Pamirs, et une autre qui débouche directement sur une enclave ouzbèke que je devrais traverser, ce qui nécessiterait un visa. Je songe un instant demander un nouveau visa ouzbek, mais mon guide parle d’un délai d’une semaine avec une lettre d’invitation, dont l’obtention demande elle-aussi une bonne semaine… Je n’ai pas vraiment le choix : soit je retourne sur Douchanbé et mon voyage est terminé, soit je tente la traversée des Pamirs, en espérant que ma jante et mon siège supportent les mauvaises routes.
Je tergiverse tout l’après-midi, Oleg m’encourage à ne pas manquer les Pamirs, quitte à les traverser en voiture, mais cela ne me tente guère. Je m’endors sans vraiment avoir pris de décision, mais au réveil il me paraît évident qu’abandonner si près de ce qui est un peu le but de mon voyage serait stupide, et je repars donc en direction de Khorog.
Dès les premiers kilomètres, je sais que j’ai pris la bonne décision. La route descend jusqu’au Piandj, qu’elle suit ensuite jusqu’à Khorog, et la vue sur l’Afghanistan voisin est superbe. De charmants petits villages sont nichés dans les moindres recoins à peu près plats de la gorge, et des chemins les relient en s’accrochant à des parois souvent très abruptes. La plupart du temps, ces chemins ne sont praticables qu’à pied tant ils sont étroits, et observer les petites troupes d’Afghans qui les cheminent ne cesse de me fasciner.
En fin d’après-midi, une jeep arrivant en sens inverse me fait des appels de phares puis s’arrête à ma hauteur. Matthias en sort, un peu dépité : son pneu avant vient de se déchirer, et ni Filip ni lui n’en possèdent un de rechange… Matthias espère en trouver un à Kulob ou à Douchanbé, ce qui implique au minimum un aller-retour de deux jours.
Heureusement pour lui, mon pneu arrière est de même taille que les siens, et j’ai un pneu de rechange dans mes sacoches. Je lui propose donc d’installer mon pneu de rechange sur mon vélo, et de lui offrir mon pneu actuel, un peu usé mais certainement encore bon pour quelques milliers de kilomètres. Cela l’enchante, il m’indique l’endroit où Filip campe en l’attendant, et je m’y rends tandis que lui tente de dénicher une voiture repartant dans l’autre sens.
Je retrouve aisément Filip, heureux d’apprendre qu’il ne devra pas poireauter plusieurs jours sur place, ainsi que Marie et Mischa, qui faute de problèmes techniques, nous ont rattrapés. Nous passons une très agréable soirée ensemble, et le lendemain chacun repart à son rythme. Nous convenons d’essayer de nous retrouver pour camper le soir, ce que je parviendrai à faire avec mes nouveaux amis belges pour les deux nuits suivantes. A la fin de la troisième journée, j’atteins Khorog où je décide de prendre un jour de repos en attendant Mischa et Marie, qui arrivent le lendemain. Filip et Matthias, eux, sont devant et je ne sais pas encore si je les reverrai…
Départ pour les Pamirs
L’Ouzbékistan constitue un point de passage quasi-obligatoire pour les cyclo-touristes voyageant dans la région. J’ai donc le plaisir d’y rencontrer une douzaine de collègues, dont bon nombre de compatriotes. Nous passons quantité d’heures à échanger nos impressions sur les pays traversés, comparer les itinéraires effectués ou prévus, et discuter de tout et de rien. Beaucoup de ces voyageurs prévoient d’être en route pour plusieurs années, et certains en ont fait leur mode de vie. Il en va ainsi de l’Allemande Dorothee Fleck, qui en est à son second tour du monde, ou du Français Jacques Sirat, en voyage depuis 18 ans.
C’est donc avec un certain regret que je finis par quitter Samarcande et reprendre la route en solitaire, en direction du Tadjikistan et de sa capitale Douchanbé. Les Ouzbeks rencontrés en chemin, toujours aussi curieux, me font toutefois apprécier le trajet grâce à leur gentillesse et leur générosité. Ainsi, trois hommes avec lesquels j’avais brièvement discuté lors d’une pause n’hésitent pas à faire un rapide aller-retour chez eux pour me rattraper ensuite et m’offrir une grosse bouteille de Cola bien fraîche et quatre délicieux somsa faits maison et encore chauds. Seuls les douaniers me donnent finalement une raison de me réjouir de quitter le pays, en fouillant la totalité de mes sacoches, jouant un moment avec mon ordinateur et regardant l’ensemble de mes photos.
Leurs collègues Tadjiks s’avèrent nettement plus agréables et moins à cheval sur la procédure, et il ne me faut donc pas beaucoup de temps pour entrer dans le 10e pays du voyage. Rejoindre la capitale s’avère par contre plus pénible, la plupart des routes étant en cours de reconstruction. Une fois sur place, j’ai le plaisir de tomber sur quelques autres cyclistes à l’auberge, qui repartent malheureusement le lendemain matin, en direction des Pamirs.
Je devrais partir dans la même direction qu’eux dès mardi matin, une fois mes amis Marie et Mischa arrivés. Nous prévoyons de faire un petit bout de route ensemble, mais il n’est pas exclu que je me sépare rapidement d’eux pour voyager un peu plus vite et être sûr de pouvoir sortir du pays à temps. C’est avec beaucoup d’impatience que j’attends d’être dans les Pamirs, qui me font rêver depuis la lecture du récit du légendaire cyclo-voyageur Janne Corax, passé par là début 2000 (à une période où l’endroit était nettement moins sûr, pour rassurer les personnes qui liraient son récit). L’endroit étant très reculé, il ne faut pas s’attendre à ce que je sois joignable de quelque manière que ce soit avant mon arrivée à Osh, dans un mois environ.

Le retour se précise…
Une des questions que je n’avais pas résolue avant de partir pour ce voyage était celle du retour depuis la Chine. L’avion ne me tentait que moyennement, d’une part car je doutais que mon immense vélo soit transportable en bagage accompagné, et d’autre part car le passage quasi-instantané de la Chine à la Suisse me paraissait trop brutal et peu conforme à l’esprit de ce voyage.
J’avais donc songé un moment prendre le Transsibérien pour aller jusqu’à Saint-Pétersbourg et continuer depuis là à vélo, mais cela nécessitait un visa touristique russe très difficile à obtenir. De plus, les distances à couvrir à vélo pour aller prendre ce train n’étaient pas négligeables.
Je dois la solution à ce problème au personnel fraichement renouvelé de l’ambassade de Chine à Tashkent. Durant deux à trois semaines, ils avaient en effet décidé de refuser toutes les demandes de visas qui leur étaient faites. Cela m’a forcé à songer à un parcours évitant totalement la Chine et, grâce à un ami, j’ai appris l’existence d’un train reliant la capitale kazakh d’Astana à la capitale ukrainienne de Kiev. L’Ukraine et les pays voisins me tentant depuis longtemps, je n’ai pas tergiversé longtemps avant de demander un visa kazakh, que je devrais obtenir dans une semaine.
Je ne ferai donc que frôler la Chine durant ce voyage, puisque je devrais rouler très près de sa frontière dans quelques semaines. En contrepartie j’aurai le plaisir de rentrer en partie à vélo, et de visiter quelques pays d’Europe de l’Est dont je rêve depuis un moment.
Mais tout cela n’est encore que de la musique d’avenir, il me reste de très belles régions montagneuses d’Asie Centrale à visiter avant d’atteindre Astana vers la fin août. Dès mon visa kazakh obtenu, je prendrai donc le train de Tashkent à Samarcande pour remonter enfin sur mon vélo et prendre la direction de Douchanbé puis des montagnes du Pamir.
Le Turkménistan en coup de vent
Après une petite remise en jambe bienvenue entre Ispahan et Yazd, je prends mon dernier bus iranien pour effectuer la traversée du désert jusqu’à Mashhad. C’est dans cette ville que je dois retrouver les Lausannois Luc et Valéryne et peut-être d’autres cyclistes rencontrés à Téhéran, à savoir Mischa et Marie, ainsi que Marcos et Ismael. Je dois aussi y terminer les démarches pour l’obtention du visa turkmène.
Après quelques difficultés de communication liées à la mort subite de mon téléphone une semaine plus tôt, je finis par mettre le grappin sur mes compatriotes et rejoins leur auberge. J’apprends également que Mischa et Marie sont en ville, mais dorment dans un parc car ils sont à court d’argent liquide. J’en possède assez pour leur en prêter un peu, et leur propose donc de nous retrouver à l’auberge dès que possible.
Le lendemain de mon arrivée, je me rends au consulat turkmène en compagnie de Luc et Valéryne. A notre grand soulagement, nous y obtenons un visa de transit de cinq jours, le seul permettant de traverser confortablement le pays à vélo. Nous retrouvons avec plaisir Ismael et Marcos, qui obtiennent eux aussi leur précieux sésame, pour les mêmes dates que nous. Seuls Marie et Mischa manquent encore à l’appel, mais nous espérons les voir bientôt.
Dans l’après-midi, ils apparaissent effectivement à l’auberge dans laquelle nous nous trouvons maintenant tous. Je leur prête l’argent promis, et les voilà désormais en mesure de demander leur visa, ce qu’ils ne pourront faire que le surlendemain au vu des horaires du consulat. Le temps commence à presser pour eux car leur visa iranien arrive à échéance quelques jours plus tard…
Après un jour de repos, je quitte la ville accompagné de Valéryne, Luc, Ismael et Marcos, en direction de la frontière. Les 200 km qui séparent Mashhad de cette dernière s’avèrent très agréable à parcourir car les paysages sont magnifiques et la circulation assez peu dense. A la fin de la seconde journée, nous visitons le caravansérail de Ribat-i Sharaf, en cours de rénovation. Nous demandons l’autorisation d’y dormir, qui nous est refusée, mais le chef du chantier nous offre généreusement de partager la grande chambre qu’il occupe dans une maison surplombant le site. L’ambiance de la soirée se ternit un peu lorsque nous recevons un téléphone de Mischa et Marie, qui nous apprennent qu’il leur a été impossible d’obtenir un visa turkmène ! Ils ont donc dû prendre de toute urgence un bus pour la Turquie, et doivent maintenant revoir la totalité de leurs plans… Nous apprendrons plus tard que les Turkmènes ne fournissent plus de visa jusqu’au 2 juin, l’excuse invoquée étant qu’un satellite s’est écrasé (sic).
Le surlendemain, après quelques petits déboires avec la police locale qui n’apprécie pas le fait que nos compagnons espagnols se promènent en shorts, interdits en Iran, nous quittons le pays. Pour ma part, c’est avec un certain soulagement car malgré le fait que j’y aie rencontré les personnes les plus généreuses de ce voyage, j’ai trouvé le pays assez fatiguant et stressant.
La traversée du Turkménistan commence bien, sur une petite route très peu fréquentée qui traverse des paysages monotones mais pas dénués de charme. Au bout de deux jours, les différences de rythme entre les membres de l’équipe commencent toutefois à se faire sentir. Nous voyagons de plus en plus éloignés les uns des autres et prenons nos pauses à différents moments. Je passe le plus clair de mon temps à l’avant, en compagnie d’Ismael et Marcos, et nous finissons par perdre Luc et Valéryne de vue. Nous nous arrêtons dans la ville de Mary pour manger dans un restaurant au bord de la route, mais mes compatriotes ne réapparaissent pas…
Nous finirons la traversée du pays sans eux, et sans moyen de les contacter, les téléphones de mes compagnons ne fonctionnant pas dans le pays. Nous ne resterons pas tout à fait sans nouvelles, puisque le lendemain deux motards autrichiens nous dépassent et s’arrêtent pour discuter. Ils nous apprennent que nous avons environ 90 km d’avance sur nos compagnons.
Un fort vent de dos nous propulse à travers le désert turkmène, et des nuages ont la bonne idée de s’interposer entre le soleil et nous, nous évitant ainsi les 50° que certains cyclistes ont connu. Nous avançons tellement bien que nous arrivons à la frontière un jour avant la date d’expiration de notre visa, où un douanier nous demande en plaisantant si nous participons à un championnat.
Peu avant la douane, nous retrouvons les motards autrichiens, bloqués par leur visa ouzbèke, valide dès le lendemain uniquement. C’est donc à notre tour de les dépasser, et nous roulons encore quelques kilomètres en Ouzbékistan, le temps de trouver un hôtel dans lequel passer la nuit.
Dans la soirée, alors qu’Ismael et moi-même dégustons un thé, une tempête de sable extrêmement violente s’abat d’un coup sur nous. Quelques secondes plus tard, nous ne voyons plus rien, tout est recouvert de sable, et nous nous réfugions dans notre chambre en espérant que Marcos, parti manger au restaurant, retrouvera le chemin. C’est donc avec un certain soulagement que nous le voyons réapparaître quelques minutes plus tard.
Cette tempête de sable, particulièrement violente d’après les gens avec lesquels nous discuterons plus tard, posera d’ailleurs de très gros problèmes aux motards autrichiens. Nous apprendrons le lendemain que l’un d’eux, qui campait au bord de la rivière proche de la frontière, s’est fait surprendre par la tempête. En quittant sa tente afin de la déplacer dans un endroit plus sûr, il a la désagréable surprise de la voir s’envoler d’un coup et de finir au milieu de la rivière. Il n’ose pas se jeter à l’eau en pleine nuit pour la récupérer, et le lendemain elle a coulé depuis belle lurette. Malheureusement pour lui, tous ses papiers étaient à l’intérieur, et il se retrouve sans passeport (donc sans visa) au Turkménistan, tandis que son camarade est obligé de passer en Ouzbékistan, son visa turkmène étant échu…
Pour ma part, il semble que je n’échapperai pas à des problèmes de visas : un cycliste de Château-d’Œx rencontré à l’auberge vient de m’apprendre qu’il est actuellement impossible d’obtenir un visa chinois à Tashkent, comme je comptais le faire. Il est probablement temps de penser à un plan B…
A la chasse aux visas
Voilà deux semaines que j’ai abandonné mon vélo dans un hôtel à Ispahan pour m’occuper de questions administratives et en profiter pour faire un peu de tourisme.
J’ai commencé par me rendre à Shiraz en bus afin de prolonger mon visa iranien, visiter la ville et les sites de Naqsh-e Rostam et Persépolis. De là, je suis reparti pour Téhéran afin d’obtenir mes visas pour le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan.
Cette course aux visas dans une des villes les plus polluées du monde est loin d’être une partie de plaisir : les distances à parcourir sont grandes, le métro bondé et les routes saturées de trafic. Heureusement, plusieurs rencontres très sympathiques m’ont permis d’apprécier ma semaine dans la capitale bien plus que je ne le pensais possible.
La première de ces rencontres a lieu dans le bus de nuit qui m’amène à Téhéran. Après avoir demandé à ma voisine iranienne si je suis dans le bon véhicule, je me retrouve invité pour le petit-déjeuner chez elle et son mari. Ce dernier m’emmène ensuite en voiture à l’ambassade de Suisse pour que je puisse commencer mes corvées administratives. Durant le trajet, nous dépassons un jeune couple de voyageurs à vélo qui se démène dans la circulation de la capitale. Je ne le sais pas encore, mais il s’agit de Marie et Mischa, deux allemands que je reverrai d’abord à l’ambassade turkmène puis à la tadjike et avec lesquels je passerai une bonne partie de ma semaine.
De retour à mon hôtel dans la soirée, je prends contact avec Valéryne et Luc, un couple de cyclo-voyageurs lausannois que je poursuis depuis un moment déjà et que je sais être à Téhéran. Ils me rejoignent le lendemain et nous passons un très agréable moment ensemble avant qu’ils ne reprennent la route en direction de Mashhad. Je devrais les y retrouver dans quelques jours et rouler en leur sympathique compagnie jusqu’en Ouzbékistan.
Une fois les lausannois partis, je fais plus ample connaissance avec Marcos et Ismael, deux cyclo-touristes espagnols qui logent dans le même hôtel que moi et qui ont pour but d’atteindre Katmandou. De nous tous, ils sont ceux qui voyagent le plus vite, car la période de validité de leur visa pakistanais les force à abattre passablement de kilomètres en peu de temps. Il n’est dès lors pas impossible que nous les retrouvions également à Mashhad dans quelques jours.
Cette semaine à Téhéran est aussi l’occasion pour moi de visiter un peu la ville, même s’il n’y a pas grand-chose à y voir. Je me rends au palais du Golestan, dont le superbe jardin est un véritable havre de paix au milieu du chaos de la capitale. Et Raha et Mehdi, le couple qui m’avait invité pour le petit-déjeuner, m’emmène un soir sur le « toit de Téhéran », un lieu situé sur le flanc d’une montagne et d’où l’on voit la totalité de la ville, qui d’aussi loin est assez belle et silencieuse.
En fin de compte, je ne regrette pas le temps passé dans la capitale mais je suis néanmoins très content d’être de retour à Ispahan où j’ai retrouvé mon vélo et mes bagages. Je repars dès demain en direction de Yazd d’où je devrai une dernière fois prendre un bus pour me rendre à Mashhad et retrouver mes compagnons pour la suite du voyage.

Si le vélo couché vous tente, sachez que ces deux modèles sont en vente sur la place Naghsh-e Jahan à Ispahan. Ils ont été importés d’Allemagne par le très sympathique marchand de tapis que l’on voit en arrière-plan et à qui je me sens obligé de faire un peu de publicité, tant ses chances de succès paraissent minces.







